Description
PRESENTATION

Préface de Jean-Yves Pranchère
Parution le 17 avril 2026
À la suite du 7 octobre et de la guerre à Gaza, alors que la gauche se fracture autour du conflit israélo-palestinien, de l’antisémitisme et de l’antiracisme, cet ouvrage s’attaque à l’un de ses points les plus sensibles : son rapport à l’antisionisme. Celui-ci est le plus souvent éludé dans les prises de position sur l’antisémitisme, où cette notion, comme celle de sionisme, est reléguée, au mieux, à des chapitres isolés, au pire, au rang d’impensé idéologique. Il fallait donc reprendre ces questions de front, sans éluder les controverses ni céder aux simplifications.
Depuis un ancrage antiraciste et anti-autoritaire, l’auteur analyse les impasses d’un militantisme parfois captif de ses slogans, lorsque les réalités juives sont réduites à un seul signifiant : Israël. Croisant théorie politique, sociologie des mobilisations et géopolitique critique, il replace le sionisme dans son histoire réelle, loin des caricatures. Il met au jour la dimension nationaliste et identitaire, par procuration, des discours antisionistes, la réduction du peuple palestinien à un peuple-objet ou à un peuple martyr, et les glissements par lesquels l’antisionisme peut se muer en antisémitisme — masqué ou assumé — dont il retrace la généalogie, de la matrice stalinienne à ses reformulations contemporaines.
Dès lors, deux questions : existe-t-il un antisionisme réellement progressiste ? À quelles conditions le sionisme peut-il redevenir un objet ordinaire de discussion politique plutôt qu’un tabou ou un épouvantail ?
Écrit depuis la gauche mais à distance des logiques de chapelle, ce livre s’adresse à celles et ceux qui refusent de choisir entre la lutte contre toutes les dominations et la lucidité critique, et examine les effets d’un antisionisme lorsqu’il s’approprie la solidarité avec les Palestinien·nes au lieu de la renforcer.
Julien Chanet est travailleur associatif à Bruxelles. Diplômé de Science politique, il réfléchit aux théories politiques et aux tensions qui animent les gauches, notamment l’antisionisme et l’antisémitisme. Il a publié à ce sujet dans plusieurs revues (Daï, Revue K).

Préface de Clément Homs
Traduit de l’allemand par Frank Reinhardt, Sebastian Kock et Johannes Vogele
Parution le 12 juin 2026
Et si le débat sur Israël était prisonnier de ses propres catégories ? Et si la question israélo-palestinienne n’était devenue qu’un champ de bataille idéologique par procuration ?
Dans ce recueil incisif, qui rassemble trois textes critiquant aussi bien les pro-israéliens inconditionnels que les pro-palestiniens inconditionnels, Robert Kurz montre comment le conflit s’est historiquement mué en écran privilégié pour les angoisses, fantasmes et identités politiques suscités par la crise et les tensions du système-monde capitaliste. Loin d’être appréhendé pour ce qu’il est, il fonctionne désormais comme un théâtre symbolique où se rejouent les fractures idéologiques contemporaines — identitaires, géopolitiques, civilisationnelles — au détriment d’une analyse lucide de ses déterminations historiques, politiques et socio-économiques. Alors que les positions se figent et que les discours se radicalisent, l’auteur démonte méthodiquement les cadres conceptuels qui alimentent cette polarisation.
Au cœur de son analyse se trouve le double caractère d’Israël : nation façonnée par l’histoire de l’antisémitisme moderne — produit singulier de la société capitaliste mondiale — et, simultanément, État inséré dans le système global du fétichisme de la valeur, emporté par une dynamique de barbarisation propre à la crise. Ce caractère ambivalent devient la cible de lectures déformantes qui répondent moins à la situation réelle qu’aux besoins idéologiques des observateurs extérieurs. Les affrontements locaux se voient ainsi continuellement surdéterminés par des significations importées : Israël et la Palestine deviennent les supports de récits globaux concurrents, où chacun cherche à valider ses propres catégories de pensée.
L’auteur vise notamment à désamorcer les impasses jumelles qui saturent le débat et reposent sur des projections antagonistes :
— d’un côté, un pro-israélisme identitaire, fondé sur une raison d’État absolutisée et une glorification de la rationalité des Lumières comme rempart civilisationnel contre la « barbarie », au prix d’une célébration aveugle, souvent raciste et anti-arabe, de l’ordre mondial occidental ;
— de l’autre, un anti-israélisme — notamment à gauche — enraciné dans des nationalismes et des identarismes de modernisation ou dans un campisme hérité de la guerre froide, et susceptible de dériver vers des formes mutées d’antisémitisme, où Israël devient la surface de projection de représentations déplacées ou refoulées.
Ces deux postures font du conflit le miroir des contradictions conceptuelles du présent. Dans une mondialisation en crise, Israël apparaît tour à tour comme rempart d’une civilisation menacée ou comme symbole d’un impérialisme totalisant ; Gaza et les Palestiniens, quant à eux, sont chargés de projections victimaires, héroïsantes ou racialisantes qui occultent les logiques structurelles de domination et d’autodestruction propres au capitalisme en crise. Pour l’auteur, cette polarisation n’est pas un simple malentendu : elle constitue le symptôme d’un aveuglement systémique nourri par différentes idéologies de crise globales. L’enjeu, affirme-t-il, est de rompre avec ces lectures par procuration et de refonder une critique sociale véritablement émancipatrice, capable de saisir à la fois la singularité historique de la question juive, des questions d’auto-détermination et les tensions explosives du capitalisme global contemporain.
Un ouvrage puissant et indispensable pour comprendre ce que le débat sur Israël et la Palestine révèle — et dissimule — de notre époque.

Préface de Clément Homs
Parution Octobre 2026
Traduit de l’allemand par Christophe Bertiau et Frank Reinhardt
L’effondrement de l’URSS et du marxisme, qui ne se sont révélés n’être que des capitalismes d’Etat modernisateur, ont laissé, depuis trente ans, la gauche orpheline d’un horizon de rupture comme de tout sujet révolutionnaire. La social-démocratie a achevé sa course dans le social-libéralisme, accompagnant ce pour quoi elle était programmée in nuce : la reproduction du capitalisme existant. Quant aux restes de la « gauche de gauche », ils se sont contentés de reconfigurer un altercapitalisme repeint en vert et en plus féministe et antiraciste, sans jamais remettre en question les catégories fondamentales de la modernité marchande. Attachée au travail, à l’argent, à la valeur, à la politique et à l’État, cette gauche continue de critiquer le capitalisme néolibéral au nom du capitalisme d’État-providence, flanqué de sa régulation politique, de sa démocratie du travail et de ses services publics — lorsqu’elle ne se convertit pas, faute de perspectives, au populisme antisystème de la « révolution citoyenne », qui ne rompt pas davantage avec les formes sociales capitalistes.
Alors qu’en ce XXIᵉ siècle le désert s’étend et que les gauches, rivées à leur impuissance politique, s’enfoncent dans l’apathie et la décomposition, peut-on encore imaginer la refondation d’un horizon véritablement révolutionnaire ? Dès le milieu des années 1980, en Allemagne puis au Brésil, le courant de la critique de la valeur-dissociation s’est attelé à une tâche décisive : reconstruire de fond en comble une critique de l’économie politique, avec et au-delà de Marx et Adorno. Refusant de céder au primat bourgeois de la « pratique » et de réduire la Théorie critique au rôle de simple auxiliaire militante, il a choisi de repartir de la question fondamentale : que désigne réellement le mot « capitalisme » ? Quelle perspective de rupture peut s’esquisser aujourd’hui à la lumière d’une telle critique catégorielle, notamment à travers l’œuvre de l’un de ses principaux fondateurs, Robert Kurz ? Comment repenser et refonder un horizon révolutionnaire au-delà des catégories fondamentales du capitalisme ?
Rassemblant vingt-cinq années d’essais et d’entretiens dans lesquels l’auteur acte la fin du marxisme historique et explore la possibilité de nouvelles formes d’émancipation, en reposant la question révolutionnaire, ce recueil inédit ouvre un espace de réflexion fécond pour imaginer d’autres pratiques et d’autres luttes.

Préface de Marcos Barreira
Parution Novembre 2026
Traduit de l’allemand par Frank Reinhardt
La politique moderne ne constitue pas une sphère autonome de décision collective, mais un moment fonctionnel de régulation historiquement déterminé de la société marchande. La modernité capitaliste a substitué à l’universalité sociale prémoderne une universalité abstraite et fétichiste, médiatisée par la marchandise et l’argent, instituant une séparation structurelle entre « économie » et « politique ». Cette différenciation réduit la politique à une instance subordonnée, chargée de gérer et de légitimer un système qu’elle ne peut plus transformer, tandis que l’opposition gauche/droite demeure enfermée dans l’horizon de la forme-marchandise.
Avec la crise historique du capitalisme, la politique moderne atteint ses limites internes : elle ne peut plus réguler ce qu’elle présuppose. La subordination du politique à l’économie de la valeur devient explosive lorsque la production de valeur réelle s’érode sous l’effet conjugué de la productivité, de la concurrence, de la financiarisation et de la désindustrialisation globale. Privées de leur base matérielle, démocratie et liberté se transforment en simulacres ; la politique se replie alors sur des formes de gestion symbolique, d’autoritarisme, d’exclusion et de conflictualité identitaire, tandis que la gauche renonce à toute perspective d’émancipation pour se réduire à une gestion morale du désastre. La « fin de la politique » ne signifie pas sa disparition, mais l’effondrement de son illusion d’autonomie et de sa prétention émancipatrice. Elle subsiste nécessaire mais subordonnée, l’économie dictant désormais les règles de toute la société et révélant la nature fétichiste et totale du capitalisme moderne.
Ce recueil d’articles de Robert Kurz propose une critique radicale et systématique de la politique moderne et de l’idéologie de la liberté qui la soutient. À rebours des analyses dominantes – qu’elles soient libérales, réformistes ou issues de la gauche traditionnelle – l’auteur montre que la crise actuelle dépasse largement les conflits partisans ou les déséquilibres institutionnels : il s’agit non seulement d’une crise dans la politique, mais d’une crise de la politique elle-même et, plus largement, d’une crise de l’idéologie de la liberté, en tant que moments fonctionnels de la modernité marchande. La démocratie libérale, l’État de droit, le droit international et la liberté marchande, loin d’être des garanties d’émancipation, révèlent leur impuissance face à l’épuisement matériel et social produit par le capitalisme tardif.




